Ce blog a vocation à faire connaitre les actions et les réflexions des Radicaux de Gauche du pays creillois, et à offrir une tribune aux associations oeuvrant à une République fraternelle.
Le 12 mai dernier, le gouvernement a fait adopté en force une modification des dispositions relatifs aux personnes nécessitant des soins psychiatriques très influencée par des faits divers tragiques fortement médiatisés ces derniers mois. Il instaure la possibilité d'une décision prise sans le consentement de l'intéressé et un système d'obligation de soins dont l'hospitalisation ne sera désormais qu'une des modalités possibles et qui pourra comporter des soins ambulatoires sans consentement. Le groupe RDSE où siègent les sénateurs Radicaux a voté contre et a dénoncé un projet de loi qui devrait avoir pour finalité fondamentale les malades et ceux qui les soignent, sans être vicié par le volet sécuritaire et sa déclinaison médiatique.
Un de nos lecteurs de Montataire, Philippe PEZETTA qui subit depuis plusieurs années des soins psychiatriques a tenu à nous apporter son témoignage très personnel.
QUELQUES REFLEXIONS SUR LA PSYCHIATRIE
Sans doute y a t-il des gens en psychiatrie qui essaient d'être honnêtes et qui font ce qu'ils peuvent. Cependant on ne peut que constater que cette institution, comme tout le système, est malade ! Elle est, comme tout milieu difficile, un lieu de dérapages.
Tout d'abord, au lieu de soigner les causes on ne s'attaque trop souvent qu'aux symptômes à grands coups de médicaments. On fait souvent le diagnostic qui arrange la société. Diagnostic dont le malade est dans de nombreux cas pas informé. J'ai moi même refusé le traitement et demandé le dialogue, qu'on m'a refusé. On m'a attaché sur une table avec menaces de piqures.
Nicolas Sarkozy a stigmatisé les malades en les taxant de violents mais on ne parle pas de la violence psychiatrique, lieu de la domination de l'homme par l'homme. La loi dit que le malade a le droit de refuser le traitement et d'être écouté, mais la loi n'est pas respectée, sans doute parce qu'elle dérange ?
Dans ce monde de loups où à la moindre faiblesse, on vous mord, combien de Sarkozy ou d'autres (souvent de droite) ont écrasé de personnes ? Par expérience j'ai constaté qu'il y avait de nombreuses personnes trop gentilles qui sombrent dans la dépression. J'ai demandé la présence d'un homme de loi , mais pas d'un avocat car je ne suis pas un malfaiteur, mais le médecin-chef me l'a refusé. Toute forme de menace, même symbolique, est interdite mais un psychiatre m'a dit qu'il fallait inspirer la crainte aux malades.
Nous vivons une société à deux vitesses avec les « gens bien » et le « malade » qui porte toute la misère du monde, clivage qui , bien évidemment, n'est pas toujours aussi net. De nombreux malades m'ont dit qu'ils aimeraient être valorisés par le travail, alors qu'on les garde à portée du mépris (sans doute suspectés depuis la maternelle).
La psychiatrie est un milieu de violence verbale où l'on se dit beaucoup de mal et où l'on devrait apprendre à se dire du bien ! Un infirmier m'a conseillé : « surtout ne leurs fait pas voir que tu es plus intelligents qu'eux ! ». Un autre m'a avoué : « j'ai vu un malade se faire tabasser sans raisons », un troisième m'a assuré ; « il ne faut pas être trop en forme ! » : la santé ferait elle peur ?
Une psychiatrie moderne abandonnerait la plupart des médicaments, privilégierait l'écoute et de dialogue, prodiguerait des conseils, assurerait une prise en charge plus humaine en essayant de valoriser l'individu et surtout accorderait plus de liberté aux patients.
Il faut re-situer la psychiatrie dans le contexte social actuel sur arrière fond de crise économique et de chômage de masse. Combien de gens souffrent au travail, lieu de mensonges et de conquête du pouvoir, Combien de personnes gravissent l'échelle sociale avec des pseudos vérités dans un système qui, s'il n'est pas réformé, nous mènera droit dans le mur. Un système inégalitaire où certains ont trop et le plus grand nombre pas assez ! La psychiatrie doit elle défendre ce système ?
Je voudrais avoir une dernière pensée pour mes bons copains dits « malades » qui sont morts de cette psychiatrie et dont les médecins n'ont parfois pas daigné envoyé un infirmier assister à l'enterrement !
Les gens « malades » et « bien portants » aspirent à être autre chose que des fils de perdition...
Philippe PEZZETTA philippe.pezzetta@aliceadsl.fr