Robert HERSANT
Né le 31 janvier 1920 à Vertou (Loire-Atlantique). Décédé le 21 avril 1996 à Saint-Cloud (92)
Député de l'Oise de 1956 à 1978
Robert Hersant est né le 31 janvier 1920
à Vertou (Loire-Atlantique). Son père, capitaine au long cours reconverti dans le cabotage, l'élève dans une relative aisance. Peu intéressé par les études, il se montre en revanche très tôt
attiré par le journalisme, et signe ses premières "piges" dans la presse normande dès la fin des années 1930. Robert Hersant manifeste simultanément un intérêt marqué pour la politique. Il
s'inscrit d'abord, en 1935, aux Jeunesses Socialistes de Rouen, dans lesquelles il milite quelques années. Changeant brutalement d'orientation au lendemain de la défaite de l'été 1940, il créé et
dirige pendant quelques semaines le mouvement "Jeune Front", qui affiche sans retenue ses sympathies pour l'occupant ; il le quitte en octobre 1940, pour rejoindre le secrétariat général à la
jeunesse du régime de Vichy et diriger le centre de jeunesse Maréchal-Pétain de Brévannes, dans le département de Seine-et-Oise.
Robert Hersant échappe aux premières vagues de l'épuration ; il se présente même aux élections municipales du 29 avril 1945 dans le deuxième secteur de la Seine, à
la tête d'une liste dite d'"Union nationale " -sans aucun succès il est vrai. Son passé le rattrape cependant : arrêté le 15 juin 1945, il est écroué à Fresnes, puis libéré le 16 juillet. Un an
et demi plus tard, en 1947, il est condamné à dix ans d'indignité nationale pour faits de collaboration : la Cour de justice considère qu'" il est établi par l'ensemble des témoignages recueillis
au cours de l'information que, dès le mois d'août 1940, M. Robert Hersant a eu une attitude antinationale, notamment en occupant, comme chef du Jeune Front, des locaux pour son mouvement avec
l'assistance des Allemands ".
Malgré cette compromission initiale qui pèsera durablement sur sa vie politique, Robert Hersant se lance dans les métiers de la presse dès les premières années de
l'après-guerre. Les premières années sont difficiles, car ses entreprises -l'édition d'un annuaire de l'automobile, la publication de petits mensuels spécialisés (Bazars et Galeries, l'Equipement
Ménager, le Quincailler)- ne rencontrent qu'un succès médiocre. L'aisance vient à partir de 1950, avec le lancement de l'Auto-Journal : cette publication, la première dans son genre, rencontre un
vif succès, et lui permet de jeter les bases d'un groupe de presse dont l'expansion sera continue jusque dans les années 1980. La méthode de Robert Hersant est simple et efficace : il se porte
acquéreur, à un faible prix, d'un grand nombre de petits titres de la presse régionale et de la presse spécialisée, dont il restaure la rentabilité par la concentration des moyens de fabrication,
la modernisation de la ligne éditoriale et un recours accru à la publicité.
Les succès de Robert Hersant dans les entreprises de presse ne le dissuadent pas, bien au contraire, de renouer avec la politique. Il sait trouver au parti radical
des interlocuteurs bienveillants qui, reconnaissant son pouvoir d'influence, ferment les yeux sur les aspects les plus controversés de son itinéraire, et lui apportent leur aide lorsqu'il essaie
de s'implanter dans l'Oise. Son groupe de presse lui est un atout encore plus précieux : rachetant en octobre 1952 un hebdomadaire de Compiègne, La semaine de l'Oise, dont il modifie radicalement
la physionomie en augmentant sa fréquence de parution, sa zone de diffusion et sa pagination, il orchestre à grands bruits, et non sans talent, ses diverses candidatures, et se présente à ses
électeurs comme un homme d'avenir, entrepreneur ambitieux, étranger aux jeux politiques de la IVème République.
De fait, l'implantation de Robert Hersant dans l'Oise est un succès : il est élu maire de Ravenel en février 1953, puis, le 17 avril 1955, conseiller général du
canton de Saint-Just-en-Chaussée. Candidat aux élections législatives du 2 janvier 1956 à la tête de la liste présentée par le Parti Républicain Radical et Radical-Socialiste, il conclut un
apparentement avec les listes de la SFIO et de l'UDSR ; recueillant 47 134 voix sur 213 654 suffrages exprimés soit près de 22%, il emporte un des cinq sièges à pourvoir.
L'élection de Robert Hersant fait cependant l'objet d'un vif débat à l'Assemblée nationale le 18 avril 1956. Jean Legendre, député de l'Oise élu sur la liste
d'union des indépendants, des paysans et du RGR, auquel Robert Hersant avait ravi au mois d'avril précédent son mandat de conseiller général du canton de Saint-just-en-Chaussée, dépose un
amendement tendant à invalider l'élection de ce dernier. Dans son intervention à la tribune de l'Assemblée, Jean Legendre souligne la débauche de moyens financiers auxquels Robert Hersant a eu
recours pour assurer son élection, avançant la somme de 50 millions de francs de frais de campagne. Il raille les méthodes publicitaires de son adversaire, dénonçant les excès de ce que le
journal Le Monde avait appelé une " campagne à l'américaine " ; enfin il s'attarde longuement sur les activités de Robert Hersant pendant l'Occupation.
L'intervention de Jean Legendre donne à Robert Hersant l'occasion de revenir sur son attitude pendant la guerre. " A cette époque -ce n'est pas une excuse, ce n'est
pas un argument- j'avais vingt ans et je fus littéralement souffleté par la défaite de 1940 ", souligne-t-il. Rappelant qu'en 1938, au retour d'un voyage qui l'avait amené successivement en
Angleterre et en Allemagne, il avait publié dans le journal Normandie un article dans lequel il annonçait " Hitler prépare la guerre -si les Français ne se préparent pas, ils perdront cette
guerre ", il fait mine de s'interroger : " est-ce là le langage nazi ? ".
Robert Hersant insiste sur le fait que le mouvement Jeune Front a duré " très exactement trois semaines ", et qu'il l'a quitté " précisément parce qu'il prenait une
tournure politique qui m'interdisait d'y rester ". Il poursuit : " pendant les quatre années d'Occupation, je n'ai pas une seule fois écrit une ligne en faveur de la politique de collaboration ni
même en faveur de Vichy ". Il pose même en résistant : " J'ai publié, dans le seul numéro du seul journal que j'ai fait [Jeunes Forces] et qui a été saisi le lendemain matin même, dans les
kiosques, par les autorités allemandes -la chose est vérifiée- j'ai publié, dis-je, un article disant que j'écrivais pour les jeunes qui n'acceptaient pas d'être les valets et les courtisans des
puissants du jour ".
Robert Hersant s'attache enfin à justifier son passage par le secrétariat général à la jeunesse de l'Etat français : " Je ne vois pas ce qu'on pourrait reprocher à
un groupe de jeunes de vingt ans qui, dans les centres d'apprentissage de la jeunesse ont pendant trois ans, pour des salaires de misère, dans des conditions que je garantis assez infernales,
essayé de faire vivre les centaines de milliers de jeunes Français qui étaient à l'époque à la rue ".
Robert Hersant, cependant, ne convainc pas des députés qui, pour la plupart, ignoraient jusqu'alors tout de son passé : son élection est invalidée par une décision
de l'Assemblée nationale en date du 18 avril 1956, par 125 voix contre 11. Les 125 voix proviennent essentiellement de la plupart des poujadistes, de la majorité des indépendants et d'une partie
du MRP ; les 11 voix sont celles de 8 radicaux et de 3 socialistes. Les autres députés radicaux et socialistes et tout le groupe communiste ne prennent pas part au vote.
Son siège est déclaré vacant, et une élection législative partielle est en conséquence organisée, les 3 et 17 juin 1956, dans le cadre d'un scrutin majoritaire
uninominal à deux tours. Au premier tour, il devance de peu, avec 53 206 voix sur 180 414 suffrages exprimés, le candidat communiste Maurice Bambier, qui recueille 50 398 voix. Au second tour,
Robert Hersant l'emporte nettement sur son adversaire, avec 76 458 voix contre 59 001 sur 179 120 suffrages exprimés.
Son élection est cette fois validée, le 25 octobre 1956. Il s'inscrit alors, le 5 novembre, au groupe radical-socialiste de l'Assemblée nationale. Robert Hersant
est nommé membre de la Commission des moyens de communication et de tourisme (1956), de la Commission de la production industrielle et de l'énergie (1956), de la Commission du suffrage universel,
des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions (1957), et de la Commission de l'intérieur (1957).
Cinq jours après la validation de son élection, le 30 octobre 1956, Robert Hersant dépose une proposition de résolution tendant à réviser les articles 45, 46, 47,
48 et 52 de la Constitution. Exprimant son souci de ne pas voir la France devenir "une nation de second ordre, réduite à graviter dans l'orbe de quelque autre puissance mondiale", il se propose
de renforcer les institutions par un certain nombre de réformes d'ampleur : il souhaite que le président du Conseil, chef du gouvernement, soit élu pour quatre ans au suffrage universel,
"probablement aux deux tours de scrutin", et choisisse ses ministres "en dehors du Parlement". Ce renforcement de la présidence du Conseil serait cependant contre-balancée par le maintien de la
présidence de la République, "garantie de la Constitution", à laquelle il serait "peut-être même souhaitable de lui donner des pouvoirs accrus, susceptibles d'éviter quelque improbable aventure,
ce qui aurait tout du moins le mérite de rassurer ceux qui frémissent encore, avec un siècle de retard, en songeant à Napoléon III". La proposition de résolution, renvoyée à la Commission du
suffrage universel, des lois constitutionnelles, du règlement et des pétitions, ne rencontre guère d'écho.
Quatre mois plus tard, le 28 février 1957, il dépose une proposition de résolution tendant à inviter le gouvernement à "mettre en application d'une politique
d'ensemble, en vue de résoudre le problème algérien compte tenu de ses données démographiques, économiques, et politiques ". Robert Hersant propose en fait une partition de l'Algérie en trois
zones : le petit territoire de Tlemcen, une république autonome de Constantine, et une province qui demeurerait française, et dans laquelle, "afin de ne pas les arracher à leurs terres", on
regrouperait les pieds-noirs et les musulmans favorables à la France. La proposition de résolution ne soulève pas un très vif intérêt ; la solution de la partition sera cependant évoquée à de
nombreuses reprises au cours du conflit algérien.
Robert Hersant est par ailleurs l'auteur d'une autre proposition de résolution et de trois propositions de loi, relatives à des domaines aussi divers que
l'industrie hôtelière française, les attributions en hydro-carburants, ou la circulation routière.
Robert Hersant vote pour le projet de loi portant ratification des traités instituant la Communauté économique européenne et l'Euratom (9 juillet 1957), il accorde
sa confiance à Félix Gaillard (5 novembre 1957) vote sur le projet de loi relatif aux pouvoirs spéciaux en Algérie, la confiance à Charles de Gaulle (1er juin 1958) et le projet de loi accordant
les pleins pouvoirs à ce dernier (2 juin 1958).